Les Québécois et Québécoises se rendront aux urnes mardi prochain après une campagne électorale chaudement disputée et imprévisible. Le débat sur la hausse des frais de scolarité proposée par le gouvernement du Québéc et la vague de manifestations qu’elle a entraînée au printemps dernier a refait la manchette durant la campagne.
Nous avons parlé avec le professeur agrégé de sciences politiques Éric Bélanger et le professeur de droit Daniel Weinstock pour obtenir leur point de vue sur la signification de ce débat pour la société québécoise et l’avenir de l’éducation supérieure en général. Ils se sont également prononcés sur de possibles scénarios postélectoraux.
Au début des manifestations étudiantes, beaucoup ont pensé qu’elles seraient passagères, pourtant les frais de scolarité demeurent un enjeu. Pourquoi?
Daniel Weinstock : Le débat se poursuit parce que les porte-parole étudiants ont réussi à convaincre une bonne partie de la population qu’il ne s’agissait pas seulement de frais de scolarité. Les frais de scolarité ne représentent que la pointe de l’iceberg qui à trait aux opinions sur une gamme d’institutions sociales. Voulons-nous adopter un modèle de société où les services importants sont offerts par le secteur privé ou considérons-nous que l’éducation est un bien commun qui devrait être financé par les taxes plutôt que par des frais aux individus? Les positions politiques centristes ne tiennent pas et nous assistons à une plus grande polarisation devant de telles questions. Il s’agit de la manifestation locale d’un phénomène mondial.
Éric Bélanger : La hausse des frais de scolarité a été l’étincelle qui a mis le feu, mais l’incendie s’est propagé en raison de l’insatisfaction populaire croissante envers le gouvernement Charest, qui cherchait des façons de financer la santé et l’éducation sans augmenter les impôts, en optant pour des frais d’utilisation. Une fois les étudiants descendus dans la rue et devant l’obstination du gouvernement à ne pas bouger sur ses décisions, la situation a suscité l’insatisfaction générale.
Pouvons-nous prévoir quel impact la poursuite de ce débat pourrait avoir sur l’éducation supérieure?
DW : Je pense que beaucoup, non seulement craignent cette hausse, mais que les hausses reviennent régulièrement à l’ordre du jour, ce qui nous conduirait sur une pente dangereuse, jusqu’à ce que l’accessibilité devienne un véritable enjeu. Les pays possèdent différentes façons de financer l’éducation supérieure. Au Danemark, par exemple, l’éducation est gratuite et les étudiants reçoivent même un salaire, car ils sont considérés comme des travailleurs en formation. Ce système est financé par un régime d’imposition beaucoup plus progressiste que le nôtre et les étudiants doivent cependant maintenir certains résultats. Il existe de nombreux modèles que nous pourrions examiner pour trouver lequel conviendrait le mieux au Québec, bien que la volonté politique soit nécessaire pour l’application du meilleur modèle, un problème qui s’est déjà posé dans le passé.
EB : Le financement des universités est un enjeu permanent au Québec. Un des problèmes c’est que les protestataires savent ce qu’ils ne veulent pas, mais sont moins clairs sur ce qu’ils veulent. Que proposent-ils comme solution de rechange à l’augmentation des coûts des services publics avec le vieillissement de la population, au Québec et ailleurs? Qui paiera pour la croissance de ces coûts? Si nous ne sommes pas prêts à payer davantage, comment allons-nous nous occuper des coûts croissants de notre système d’éducation supérieure? Les personnes à l’avant-garde du mouvement n’ont pas de réponse.
Le financement de l’enseignement supérieur fait maintenant partie du programme politique, à quoi pouvons-nous nous attendre après les élections?
DW : Si les libéraux sont réélus, c’est loin d’être fini. La question des frais de scolarité n’est pas fondamentale pour les candidats du Parti Québécois, mais ils sont rendus là où ils sont aujourd’hui grâce à l’appui aux étudiants, ils ne pourront donc pas mettre la question de côté. Nous parlerons encore des frais de scolarité après les élections.
EB : Charest s’est lui-même placé dans une impasse, je ne le vois pas revenir au pouvoir. Nous assisterons à plus de conflits sociaux, si les libéraux restent au pouvoir. Si le Parti Québécois gagne les élections, toute la question de l’enseignement supérieur sera peut-être revue, y compris le financement du système, qui mènerait à un autre type de solution.






Thu, Aug 30, 2012
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